HAPPY BIRTHDAY SAM ! - CREATION SAISON 2018-2019
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  • Je ne sais toujours pas si j’ai aimé cette drôle d’enfance. Dans mes souvenirs, se mêlent colère et tendresse, rejet et fierté. J’en ai gardé le sentiment d’un perpétuel marchandage entre les valeurs qui m’ont été inculquées petite fille et le monde dans lequel je vis aujourd’hui. Qu’est-ce qu’on garde ? Qu’est-ce qu’on jette ? Que transmettre ? Pas si simple.
    Virginie Linhart, in 68, mes parents et moi

    « Quand je pense à ma famille, je pense à un film : « Running on empty* » de Sidney Lumet. En français : « À bout de course ». Mais on pourrait dire aussi, littéralement : « Tourner à vide ». Je n’ai pas connu les activistes pacifistes américains mais je suis né en 1970, je suis un enfant de 1968. Je suis le fils d’une génération qui a voulu changer le monde. Il me parait intéressant de retourner fouiller dans la jeunesse de nos parents, sans rentrer dans la polémique de ce que 68 a apporté de bon ou de mauvais à notre société, mais plutôt en regardant cette histoire du point de vue des enfants qui ont été aussi façonnés par cette période. » Alexis Moati

    Le projet Happy birthday Sam ! cherche à observer la famille comme lieu de construction de l’identité : que fait-on de ce que l’on nous transmet et que nous ne choisissons pas ? Qu’est – ce qui se poursuit à travers nous, malgré nous ?
    Trente ans après le film de Sidney Lumet, cinquante ans après mai 68, Alexis Moati s’empare de Running on empty pour interroger les rapports de l’intime au social et au politique. Quels regards, objectifs ou fantasmés, posent les quarantenaires d’aujourd’hui sur leur parents, leurs engagements, les évènements ? Qu’est-ce que des gens qui ont rêvé de changer le monde ont fait de leurs enfants ? Qu’est-ce que ces enfants font de leurs parents et de leur passé ? Que transmetteront-ils à leur tour ?

    A partir du film pris comme objet de citation et de réflexion, Quentin Laugier, distingué en 2016 par Artcéna pour son premier texte, écrit le texte original qui servira de support à la mise en scène. Ce jeune auteur de vingt-sept ans rencontre pleinement le travail de la compagnie, avec une écriture proche du cinéma et de ce que l’on pourrait nommer l’écriture « post-séries », pleine d’humour et de décalage, mêlant grotesque et érudition, intime et politique. Après avoir expérimenté l ‘écriture de plateau, Alexis Moati a ainsi souhaité travailler avec Quentin Laugier pour se confronter à une écriture contemporaine, offrant une structure moderne au récit composée de flash back et de flash forward. La pièce prendra comme objet d’étude la famille Pope dont il est question dans le film de Lumet. Elle imaginera leur généalogie et tentera de remonter le plus loin possible. Elle englobera ainsi les années de lutte, et plus avant dans le temps, elle ira même jusqu’à nous faire voyager dans leur futur hypothétique.

    « On aime ses parents. Pour la plupart. Ses frères et soeurs aussi, si on en a. On se définit en fonction de sa place dans la fratrie. Complices ou non, peu importe : c’est la famille. La famille, d’ailleurs, a des frontières mouvantes, on les agrandit ou on les resserre. Les grands-parents, les neveux, les cousins germains. (…).
    On participe à la vie de cette famille : anniversaires, naissances, décès, visites, repas dominicaux, fêtes religieuses, parfois à contrecoeur mais on le fait : c’est pour la famille. On aime la question « D’où viens-tu ? ». Généralement, on y répond avec plaisir. Soudain, on devient tronc, on évoque les racines, celles qui plongent dans la terre et nous stabilisent. On ne les voit pas mais on sait qu’elles sont là. On évoque les origines algériennes de maman, le 100% français de papa. (…).
    La famille est une oasis. On s’y repose, on s’y réfugie, autour de nous le désert brulant et, soudain, c’est une source fraiche face à l’ardeur du reg. Parfois on y est bloqué, parfois elle nous isole du reste du monde. Car il y a la famille et le reste du monde. (…)
    Sauf que la famille est un fantasme. Non pas que le concept en lui-même soit un fantasme mais la manière dont nous avons de l’appréhender est fait des fantasmes les plus denses. Parce qu’en fait les origines algériennes de ma maman ont révélé une ascendance de colonisateur sanguinaire qui lui ont fait porter le poids de la culpabilité toute sa vie, que le petit cousin, qui fait sensation avec son oreille absolue, se révèle être un descendant de Mozart malgré une lignée purement hispanique, que les concepts de la psychanalyse moderne sont mis à mal depuis que l’on a découvert que les traumatismes peuvent se transmettre dans les gènes, que les révoltes adolescentes entrainent dorénavant des révolutions qui changent la face du monde et que potentiellement mon père n’est pas mon père.
    Miraculeusement ce fantasme, dans un moment de crise identitaire globalisée, rouvre le champ des questionnements et de la recherche d’un sens, un sens qui serait nouveau et total.
    Où allons-nous à partir de là ?
    Une seule solution pour y voir plus clair : démonter le concept et essayer de le remonter dans un autre sens. Comme lorsque l’on démonte un moteur pour comprendre comment il fonctionne.
     » Quentin Laugier


    Avant d’entrer dans la chair du texte puis de répéter avec les comédiens, Alexis Moati immerge l’ensemble de la troupe dans le processus de création. Il s’agit de se saisir des grandes thématiques qui traversent le film de Lumet : le bonheur familial, l’activisme, la transmission, la musique. Alexis Moati prend appui sur l’œuvre cinématographique que le théâtre va interroger avec ses propres moyens. Ainsi la saison 2016/2017, un cadre de travail est fixé aux acteurs pour qu’ils puissent proposer des formes exploratoires courtes (les Free runs*) à partir des séquences du film et du thème qui leur sera confié, dans le cadre de la résidence de travail de l’artiste à l’a(e)ncre à la Gare Franche. C’est à partir de cette matière que le spectacle pourra s’élaborer.

    Sujet 1, Alexis Moati et Josef Amerveil : la transmission, à partir de la dernière séquence du film et de la citation de Virginie Linhart, interroger la filiation, mai 68 et autres histoires plus ou moins personnelles.
    Sujet 2, Léna Chambouleyron et Sébastien Béraud : musique et silence, ce qui ne peut pas se dire se vit par la musique.
    Sujet 3, Fanny Avram et Carole Costantini : du militantisme à la lutte armée, à partir des scènes du film mettant en jeu l’engagement politique, composer une petite forme sur le passage du militantisme à la lutte armée.
    Sujet 4, Pierre Laneyrie, Chloé Martinon et Thibault Pasquier : de(s)composition du bonheur en famille, à partir de la scène de l’anniversaire, composer une petite forme sur la représentation du bonheur familial au théâtre.
    Sujet 5, Quentin Laugier, avec Alexis Moati, Pierre Laneyrie, Chloé Martinon, Carole Costantini : « 215 Burlington road, Bridgeton, New Jersey », à partir du film de Lumet et de la scène clé de l’anniversaire, écrire un texte libre.


  • * FREE RUN Un processus de création est pour Vol Plané un travail de recherche qui doit dépasser l’objet fini (le spectacle). Il s’agit d’immerger la compagnie Vol Plané dans un territoire commun, qui est celui de la recherche en rapport avec le spectacle à fabriquer. Le principe fondateur est celui de la dimension d’auteur de l’acteur, à qui le metteur en scène passe des commandes, que nous appelons des « free runs ». L’acteur est celui qui dit pour les autres, il est de l’espèce commune des hommes, à même d’en représenter le meilleur comme le pire, il est capable, par le prisme de sa propre expérience, d’explorer les tréfonds humains sans juger. Le cahier des charges présente des contraintes de durée, de budget, de thématiques, d’espaces… Un ensemble de règles ludiques qui doit servir à déclencher l’imaginaire et l’écriture, tout en investissant la dimension également territoriale de ce projet.
    Les free run sont l’affirmation de la dimension de la recherche et du vivant comme matériau dans le processus de création de Vol Plané. Ils sont une étape fondamentale dans le processus de construction et pourtant sont peut-être voués à disparaître dans la pièce ainsi réalisée.

    * Running on empty est un film de Sidney Lumet de 1988. En 1971, Arthur et Annie Pope ont fait sauter un laboratoire de fabrication de napalm pour protester contre la guerre du Vietnam… Depuis, ils fuient le FBI. Ils ont choisi leur vie. Maintenant, leur fils doit choisir la sienne.
    Le film nous montre le huit clos forcé d’une famille paisible et tout à fait normale... jusqu’à ce qu’un professeur de musique repère le fils aîné (Danny, interprété par River Phoenix) pour ses talents de pianiste, et qu’il se mette en tête de le faire admettre à la Juilliard School. Dans le même temps, Danny vit sa première histoire d’amour. Il entrevoit alors, à 17 ans, la possibilité d’exprimer pleinement son individualité et de ne plus vivre seulement au service des choix de ses parents qu’il aime pourtant profondément.

  • distribution
  • production

en cours

La création d’A Bout de Course aura lieu le 28 septembre 2018 à l’Espace des Arts de Chalon-sur-Saône, producteur délégué, en coproduction avec la Gare Franche, le Merlan et Théâtres en Dracénie.

Compagnie Vol Plané
La Gare Franche
7 chemin des Tuileries - 13015 Marseille
+33 (0)7 62 51 16 75
contact@vol-plane.com