A BOUT DE COURSE
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  • Je ne sais toujours pas si j’ai aimé cette drôle d’enfance. Dans mes souvenirs, se mêlent colère et tendresse, rejet et fierté. J’en ai gardé le sentiment d’un perpétuel marchandage entre les valeurs qui m’ont été inculquées petite fille et le monde dans lequel je vis aujourd’hui. Qu’est-ce qu’on garde ? Qu’est-ce qu’on jette ? Que transmettre ? Pas si simple.
    Virginie Linhart, in 68, mes parents et moi

    Au tout départ il y a un sentiment confus, comme si on cherchait sa place dans une époque. À quoi suis-je destiné ? Quel est mon rôle ? A quoi pourrais-je être bien utile ? Comme si on était hanté par le pressentiment d’un secret merveilleux. Je dois dire que même si on grandit, même si on feint l’adulte, il reste cette attente. Cela devient même un moteur. Seuls quelques moments, où tout s’emboite parfaitement, où le monde a un sens, nous font entrevoir une partie du puzzle. Longtemps nous croyons que nos parents connaissent ce secret, qu’ils attendent juste le bon moment pour nous le révéler ; nous attendons donc… un mot, un regard. Quand je pense à ma famille, je pense à un film : Running on empty de Sidney Lumet. En français : A bout de course. Mais on pourrait dire aussi, littéralement : Tourner à vide. Je suis intimement convaincu que Danny va continuer la lutte de ses parents… à sa façon, avec un piano. Le retrait du père permet la transmission.
    Je n’ai pas connu les activistes pacifistes américains mais je suis né en 1970, je suis un enfant de 1968. Je suis le fils d’une génération qui a voulu changer le monde. Il me parait intéressant de retourner fouiller (en nous appuyant sur le scénario d’A bout de course) dans la jeunesse de nos parents, sans rentrer dans la polémique de ce que 68 a apporté de bon ou de mauvais à notre société, mais plutôt en regardant cette histoire du point de vue des enfants qui ont été aussi façonnés par cette période.

    Alexis Moati

    Le projet A bout de course cherche à observer la famille comme lieu de construction de l’identité : à travers la chronique de l’émancipation d’un adolescent, le film interroge les rapports de l’intime au social et au politique. Il ne s’agit surtout pas de faire une « version théâtre » du film, mais plutôt de se saisir des grandes thématiques qui le structurent : le bonheur familial, l’activisme, la transmission, la musique. Alexis Moati prend appui sur l’œuvre cinématographique que le théâtre va interroger avec ses propres moyens. Avant d’écrire une adaptation avec le concours d’un scénariste puis de répéter avec les comédiens, il immerge l’ensemble de la troupe dans le processus de création. Ainsi la saison 2016/2017, un cadre de travail est fixé aux acteurs par Alexis Moati pour qu’ils puissent proposer des formes exploratoires courtes (les Free runs*) à partir des séquences du film et du thème qui leur sera confié, dans le cadre de sa résidence de travail à l’a(e)ncre à la Gare Franche. C’est à partir de cette matière que l’écriture proprement dite s’élaborera.

    Sujet 1, Alexis Moati et Josef Amerveil : la transmission, à partir de la dernière séquence du film et de la citation de Virginie Linhart, interroger la filiation, mai 68 et autres histoires plus ou moins personnelles.
    Sujet 2, Léna Chambouleyron et Sébastien Béraud : musique et silence, ce qui ne peut pas se dire se vit par la musique.
    Sujet 3, Fanny Avram et Carole Costantini : à partir des scènes du film mettant en jeu l’engagement politique, composer une petite forme sur le passage du militantisme à la lutte armée.
    Sujet 4, Pierre Laneyrie, Chloé Martinon et Thibault Pasquier : à partir de la scène de l’anniversaire, composer une petite forme sur la représentation du bonheur familial au théâtre.

    * FREE RUN Un processus de création est pour Vol Plané un travail de recherche qui doit dépasser l’objet fini (le spectacle). Il s’agit d’immerger la compagnie Vol Plané dans un territoire commun, qui est celui de la recherche en rapport avec le spectacle à fabriquer. Le principe fondateur est celui de la dimension d’auteur de l’acteur, à qui le metteur en scène passe des commandes, que nous appelons des « free runs ». L’acteur est celui qui dit pour les autres, il est de l’espèce commune des hommes, à même d’en représenter le meilleur comme le pire, il est capable, par le prisme de sa propre expérience, d’explorer les tréfonds humains sans juger. Le cahier des charges présente des contraintes de durée, de budget, de thématiques, d’espaces… Un ensemble de règles ludiques qui doit servir à déclencher l’imaginaire et l’écriture, tout en investissant la dimension également territoriale de ce projet.
    Les free run sont l’affirmation de la dimension de la recherche et du vivant comme matériau dans le processus de création de Vol Plané. Ils sont une étape fondamentale dans le processus de construction et pourtant sont peut-être voués à disparaître dans la pièce ainsi réalisée.

    Running on empty est un film de Sidney Lumet de 1988. En 1971, Arthur et Annie Pope ont fait sauter un laboratoire de fabrication de napalm pour protester contre la guerre du Vietnam… Depuis, ils fuient le FBI. Ils ont choisi leur vie. Maintenant, leur fils doit choisir la sienne.
    Le film nous montre le huit clos forcé d’une famille paisible et tout à fait normale... jusqu’à ce qu’un professeur de musique repère le fils aîné (Danny, interprété par River Phoenix) pour ses talents de pianiste, et qu’il se mette en tête de le faire admettre à la Juilliard School. Dans le même temps, Danny vit sa première histoire d’amour. Il entrevoit alors, à 17 ans, la possibilité d’exprimer pleinement son individualité et de ne plus vivre seulement au service des choix de ses parents qu’il aime pourtant profondément.

  • distribution
  • production

en cours

La création d’A Bout de Course est prévue pour le début de saison 2018/2019 à l’Espace des Arts de Chalon-sur-Saône, producteur délégué, en coproduction avec la Gare Franche, le Merlan et Théâtre en Dracénie.

Compagnie Vol Plané
La Gare Franche
7 chemin des Tuileries - 13015 Marseille
+33 (0)7 62 51 16 75
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